Débat avec Jean-Marie Harribey dans Politis

Après le désaveu électoral infligé à la gauche, un débat s’est ouvert au sein d’Attac autour de deux questions. Quelle stratégie pour sortir de la crise et rouvrir les voies du progrès social ? Quelles forces sociales pour porter un tel mouvement ? Politis a posé cette double question à Jean-Marie Harribey et à Gérard Duménil-Dominique Lévy. Leur réponse sont parues dans le n° du 5 juin 2014 de : Politis5juin

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« La grande bifurcation » : des cadres barbares ou socialistes ?

Publié par Michel Zerbato sur le site de ReSPUBLICA, le 24 juin 2014       ReSPUBLICA

Quand on demandait à Engels de dire quelles seraient les grandes lignes d’organisation de la société post-bourgeoise, il répondait ne pas être là « pour faire bouillir les marmites de l’avenir ». Car il savait que, si selon l’analyse critique des lois du capital, le sens de l’histoire condamnait le capitalisme à son propre dépassement, celui-ci n’était pas pour autant écrit dans son détail, tant il dépendait aussi des tours pris par la lutte des classes.

C’est ce même parti que prennent les auteurs de ce livre [1], Gérard Duménil et Dominique Lévy. Très largement connus pour leurs travaux théoriques, notamment en macroéconomie, ils se proposent de se situer dans la ligne marxiste afin de « mener une enquête sur la dynamique du capitalisme ». En réfutation de ceux qui tirent argument de l’échec du système soviétique pour proclamer une fin de l’histoire qui pérenniserait définitivement le capitalisme néolibéral, les auteurs veulent rénover l’argumentation en faveur de sa fin en analysant les tendances et les transformations de la production capitaliste qui visent à le perpétuer, mais qui ne suppriment pas les contradictions internes qui le travaillent. (suite…)

Contribution de Jacques Bidet

J’aime la façon souveraine dont Gérard Duménil et Dominique Lévy avancent leur thèse : si les classes populaires veulent s’émanciper des dominations, elles doivent choisir de faire alliance avec les cadres contre les capitalistes. Cela avec la tranquille assurance de Mao déclarant au temps de la Longue Marche : tous contre les propriétaires terriens, contre cette vieille classe féodale, obsolète et parasite ! Faisons alliance avec les capitalistes ! Leur tour viendra ensuite… De même ici, la marche s’annonce encore longue. Mais GD et DL sonnent le départ. Ou plutôt, ils appellent à un nouveau départ. (suite…)

Entretien avec Cédric Durand et Razmig Keucheyan

Publié sur le site de la revue Contretemps

La catégorie des cadres occupe une place centrale dans votre ouvrage. Pouvez-vous rappeler rapidement votre analyse et sa relation à celle de Marx. Plus spécifiquement, comment définissez-vous les contours de cette catégorie et quelles sont les ressources qui constituent cette classe en groupe social doté d’une capacité d’action propre ? Vous évoquez également une transition vers un post-capitalisme « cadriste ». Quels seraient selon vous les rapports sociaux constitutifs de ce mode de production en voie de constitution ?

Concernant sa relation à la théorie de Marx, notre problématique combine fondamentalisme et révisionnisme. Nous appréhendons à la Marx les rapports de classe, et voyons dans la lutte des classes le moteur de l’histoire en combinaison à la grande dynamique historique des forces productives et des rapports de production. Mais à la structure de classe duale, il faut désormais substituer une structure ternaire. Nous définissons les cadres en tant que classe en référence à leur position spécifiques vis-à-vis des moyens de production – y compris la force de travail des autres employés – qu’ils contrôlent sans en être les propriétaires. La similitude de leur activité professionnelle et de leur mode de vie nous conduit à associer les cadres du secteur public à ceux du privé. Cette démarche théorique est supportée par des observations empiriques, notamment concernant les revenus, nous amenant à donner des cadres une définition plus étroite que la définition statutaire en France (5% au lieu d’un tiers du salariat). (suite…)

Un entretien avec Bruno Tinel

Paru dans Actuel Marx, n° 55, p. 178-192

Le livre de Gérard Duménil et Dominique Lévy dessine le panorama d’une « grande bifurcation », contrastant les voies des droites et celles d’une vraie gauche. Les questions de Bruno Tinel les entrainent dans le vaste réseau des présupposés théoriques, analyses concrètes des mécanismes, et exhortations politiques qui composent cet ouvrage. (Cet entretien fait référence à divers travaux antérieurs de Duménil et Lévy : Au-delà du capitalisme, PUF, Paris, 1998 ; The Crisis of Neoliberalism, Harvard University Press, Cambridge, MA, 2011 ; et trois articles d’Actuel Marx, « Dettes souveraines : limites du traitement keynésien d’une crise structurelle » et « Crise et horizons post-néolibéraux », n°51, 2012 ; et « Dynamiques des modes de production et des ordres sociaux », n°52, 2012.) (suite…)

Une question stratégique centrale : En finir avec le néolibéralisme

Cette analyse nous a été envoyée par Gustave Massiah.

Voilà un livre remarquable. Rigoureux et audacieux. Gérard Duménil et Dominique Lévy abordent directement la question stratégique centrale, celle de la sortie du néolibéralisme, en tant que phase actuelle de la mondialisation capitaliste. Ils s’attaquent à la question la plus difficile, celle d’une sortie positive dans les vieux centres, particulièrement en Europe.

Il s’agit de réaffirmer un projet d’émancipation qui se situe dans la continuité des deux siècles et demi de luttes, des révolutions du 18ème siècle et de la montée en puissance de la classe ouvrière qui a suivi le développement de la grande industrie. Le livre ambitionne d’explorer le passage d’un projet progressiste à une émancipation sociale radicale. (suite…)

Notre adversaire, c’est bien le monde de la finance

Ce commentaire a été originellement publié par Jérôme Bonnemaison sur son blog: Mes mille et une nuits à lire.

Comment ne pas sombrer dans le désespoir politique et imaginer une issue ?

Le grand mérite de l’essai de Gérard Duménil et de Dominique Lévy, « La grande bifurcation, en finir avec le néolibéralisme » est de sortir de la critique, râbachée, du néolibéralisme, qui a suffisamment prouvé sa toxicité (ou alors il faut vivre sur mars) pour essayer de commencer à éclaircir l’horizon des possibles.

Dans cet essai on ne parle pas de la société à venir, mais de la stratégie pour y parvenir, et des points d’appui dont tous ceux qui voient que le modèle économique actuel est une promesse d’abîme ont absolument besoin. Pour y croire. Pour ne pas se tromper. Pour ne pas bader ceux qui leur racontent des sornettes.

Pour les auteurs, la phrase inaugurale du manifeste de 1848 écrit par Marx est toujours valable : l’histoire des sociétés peut en définitive se résumer à l’histoire de la lutte des classes. C’est à partir de cet outil de compréhension de la dynamique du monde qu’ils essaient d’imaginer les voies de dégagement du néolibéralisme. (suite…)

C’est le moment de bifurquer

Ce commentaire a été originellement publié par Jean-Marie Harribey sur son blog hébergé par Alternatives économiques

Gérard Duménil et Dominique Lévy viennent de publier La grande bifurcation, En finir avec le néolibéralisme. Les auteurs sont deux chercheurs en économie sortant de l’ordinaire. D’abord, parce que, depuis au moins trente ans, ils analysent ensemble, avec une précision méticuleuse, les soubresauts de l’économie capitaliste mondiale dans sa phase néolibérale, et cela, ce qui fait toute leur originalité, en utilisant les concepts et la méthodologie de Marx.[1] Ensuite, parce qu’ils ne se contentent pas de produire des analyses très techniques de renommée internationale, notamment sur l’économie des États-Unis, ils ont à cœur d’en présenter l’essentiel destiné aux militants, aux citoyens engagés dans la lutte quotidienne contre les dégâts des politiques néolibérales. À ce double titre, leurs contributions dans les colloques « Marx international » et dans la revue Actuel Marx, ou encore dans le cadre d’Attac, sont toujours reçues avec beaucoup d’intérêt. (suite…)

Un choix de cadres

Ce commentaire a été originellement publié sur le site de l’UGICT-CGT.

Cet ouvrage à quatre mains est le résultat du travail de deux économistes hétérodoxes chercheurs au CNRS.

 « A l’origine de ce livre se trouve la conviction que nos sociétés de vieux centres, Europe et Etats-Unis sont engagés depuis une trentaine d’années sur des voies de régression sociales ». Après avoir brossé un tableau du renouvellement des structures de classe avec la montée de nouvelles « classes » de cadres et l’évolution des notions de droite et de gauche, ils affirment que nos société sont confronté à une grande bifurcation : « Quelle nouvelle phase de l’histoire succédera au capitalisme néolibéral ? »

Pour les auteurs le choix se fera entre une domination nouvelle des classes supérieures ou la réouverture de voies de progrès social avec un nouveau compromis de classe à gauche entre les classes populaires et les cadres, c’est- dire  un dépassement graduel du capitalisme. (suite…)

Comment refonder une alliance de gauche ?

Ce commentaire a été originellement publié par Jean-Christophe Le Duigou sur le site de l’Humanité.

Ce livre, relativement court et très accessible, entend apporter une réponse à 
une question décisive : comment peut-on rouvrir un chemin pour le progrès social ?

Ce n’est pas sans malice que les auteurs, tous deux économistes hétérodoxes, développant une critique sociopolitique de nos sociétés développées en termes de « luttes des classes », empruntent à Marx et Engels la forme littéraire des « thèses », sorte de condensé philosophique où, en quelques points, un auteur résume sa démarche : le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire ; le processus de « néolibéralisation » rencontre d’importants obstacles ; les cadres sont devenus une classe sociale à part entière… Derrière l’évolution aujourd’hui bien documentée des inégalités se cache, pour les auteurs, une structure de classes tripolaire, comprenant capitalistes, cadres et classes populaires. Ce champ a connu au cours du siècle dernier deux configurations. L’alliance sociale et surtout politique entre capitalistes et cadres, typique du néolibéralisme. Et celle entre classes populaires et cadres qui a été caractéristique de la longue période après la Seconde Guerre mondiale. (suite…)